“BOOH ! You whore”. Ou autrement dit “Sale pute”. Qui ne s’est jamais fait traitée de pute ici ? C’est exactement la question que pose Madame Norbury, interprétée par Tina Fey dans cette petite satire de l’adolescence qu’est “Mean Girls”. Elle poursuit alors par une demande qui s’approche de “Et qui a déjà traité une amie/connaissance de pute derrière son dos” ? Malaise. Grand déballage, mauvaises langues et injures gratuites. Le film finit à la sauce bisounours et tout le monde vit en paix dans la joie et l’allégresse. Ah, que c’est beau. Utopique aussi, du moins pour le moment, tant que personne ne fait d’effort.
D’effort par rapport à quoi ? me direz-vous. Je vous répondrais “Mais par rapport au slut-shaming mes petits agneaux en sucre”.
Le slut-shaming, concept méconnu et directement importé du féminisme made in US.

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Je rappelle au passage que le féminisme a pour lutte majeure l’égalité entre tous les êtres humains, quel qu’ils soient.

Le slut-shaming donc, c’est un phénomène qui découle directement du modèle de société dans lequel nous vivons. Vous savez, ce fatras de conventions éculées et de règles arbitraires édictées par des hommes misogynes ?
Dans notre société, il est encore et toujours assez mal vu, de manière générale, d’être une femme et de s’affirmer. De quelque manière que ce soit. Mais alors, si on touche au sexe, la sacro-sainte possession du Mâle, c’est Babylone ! Le sexe est longtemps resté un moyen d’oppression des hommes sur les femmes : mariages forcés entraînant viols, rapports forcés entraînant grossesses donc vulnérabilité physique etc. Le sexe est pouvoir de l’homme. On lui exhorte depuis qu’il est tout jeune qu’il a des pulsions, à assouvir sur les femmes et qu’il est un conquérant, un être destiné à féconder (donc “prendre”) le plus grand nombre possible de femelles. La pensée à quelque peu évoluée depuis le début de notre ère et désormais, être un amant recherché/expérimenté est le signe d’une réussite sociale chez les hommes. Un homme qui baise est un homme qui assure. Il a le pouvoir, il a la gloire. C’est le conquérant 2.0.  D’ailleurs, l’homme baise mais n’est pas baisé. La forme passive est réservée aux femmes. Rappelons ici que le slut-shaming est un concept très hétérocentré, les relations sexuelles passent uniquement par le prisme du sexe hétéro.
Cependant, certaines femmes ne se contentent par de leur rôle de trophée. Elles le disent : j’aime le sexe et je fais l’amour comme je l’entends.

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Raz-de-marée chez les sexistes.
Une femme qui aime baiser et qui n’a pas HONTE de le dire ? Jetons-lui des cailloux ou, à défaut, des injures. Et c’est ainsi que l’on entend des gens médire sur la vie sexuelle d’autrui. Mais si, rappelez-vous, la fois où en 4è votre copine vous a dit “Il paraît que Camille a sucé Victor dans les toilettes, quelle pute” et que peu après, cette pauvre Camille est devenue la paria de la classe ? Eh bien c’était du slut-shaming : mépriser ou rabaisser une femme par rapport à son comportement sexuel établi ou imaginé (oui, imaginé !!).

Le slut-shaming s’étend évidemment au comportement vestimentaire puisqu’il y a bien entendu des habits respectables et d’autres de parfaites petites traînées (Je me gausse). Ainsi, puisque l’on demande aux femmes d’être le plus effacées possible, on leur dicte également comment se comporter vis-à-vis de leur corps. Ce corps est sale, honteux, trop charnel, la source de tous les vices. On retrouve cette pensée dans tous les écrits religieux majeurs, berceaux de notre culture actuelle. Ne nous étonnons pas d’être encore perçues comme de viles tentatrices. Alors, pour éviter de tenter le Mâle, forcément prisonnier de ses pulsions animales, on nous demande de nous couvrir. Ni plus ni moins. Couvrez ce sein que je ne saurais voir et pis, tant que t’y es Dorine, si tu peux camoufler ce mollet et cette cuisse aussi là eh oh.

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Or, on n’a pas toutes envie de mettre des pantalons et des pulls tous les jours. Si certaines en ont envie, tant mieux, c’est leur corps, leur façon de l’apprivoiser et de le gérer. Mais quand on est adeptes de jupes légères et de décolletés, pourquoi devrions-nous nous cacher dites-moi ? A cause des récurrents “Eh mais regarde-la cette chienne avec son short”, “Franchement elle est habillée comme une pute cette fille, m’étonne pas que les mecs la respectent pas” et autres suaves douceurs. Beaucoup d’entre vous qui me lisez l’ont déjà dit ou pensé, je le sais. Même moi je l’ai pensé, plus jeune.

On nous formate à blâmer les femmes trop affranchies, trop indépendantes et sûres d’elles. Et on nous formate également à se traiter comme des rivales entre femmes. Vite, attirons le mâle, lui est notre seul salut !

Non, les filles, les garçons, les autres, tout le monde. On ne peut plus continuer à marginaliser et insulter des femmes parce qu’elles ne s’habillent pas comme nous ou ne font pas l’amour comme on le fait. Nous devons opérer un retour vers la tolérance. Parce que le slut-shaming tue et opprime.

Le slut-shaming, c’est donner des excuses aux violeurs en disant que la victime portait un short ou avait flirté avec des types. Comme si un habit excusait un crime !

Le slut-shaming c’est entretenir des millions de femmes dans la honte de leur corps.

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C’est faire perdurer une société sexiste dans laquelle les femmes sont muselées. C’est être haineux. Pourquoi tant de haine envers le sexe, dites-moi ? Faire l’amour c’est un partage, c’est du plaisir. Et ce, que ce soit entre 2 ou 15 personnes, entre mari et femme ou parfaits inconnu(e)s, après 6 mois de relation ou la première nuit. Chaque sexualité est à embrasser. Aucune n’est dégradante ou mauvaise à partir du moment où il y a consentement et respect. Laissons les gens baiser comme ils l’entendent. Et s’habiller comme ils l’entendent. La valeur d’une personne, le respect qu’elle a pour elle, l’estime dans laquelle on la tient n’ont rien à voir avec la longueur de ses fringues ou le nombre de ses amants.
On peut être parfaitement respectable en mini short en sky et cuissardes en jean, en levrette endiablée avec un type que l’on connaît depuis deux heures, en soutif sur une table en fin de soirée ou en train d’embrasser une inconnue à l’arrière d’une voiture.
Tout être humain, quel qu’il soit a droit au respect de l’autre. Commencez alors à respecter vos amis, vos parents, vos proches. Ne traitez plus vos connaissances de “putes”. Parce que si l’on ne se respecte pas entre nous, qui va nous respecter ? »

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Cassiopée Sarrault

Sources images : Mean Girls, photo de Rosey Posey et tumblr.

4 réponses à Slut-shaming

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