Vous connaissez tous et toutes la situation. A tombe amoureux-se de B mais B considère A comme un-e ami-e et n’a pas de sentiments amoureux, et A voit son coeur brisé. A se trouve alors coincé-e à jamais dans… la Friendzone ! *musique dramatique, l’assemblée frissonne d’horreur*

Friendzone

Euh, attendez. B considère A comme un-e ami-e ? Mais… c’est plutôt cool en fait, non ? Qu’est-ce que B était censé-e faire d’autre ? Se forcer à sortir avec A ? Avant de répondre à la question “comment sortir de la Friendzone ?”, une petite mise au point est nécessaire.
Cette histoire de Friendzone a acquis une certaine popularité sur Internet et est souvent utilisée pour justifier un sexisme puant. En théorie, la Friendzone est un concept pas bien méchant, tout le monde peut être friendzoné : c’est une situation malheureuse où l’on est attiré sexuellement ou amoureusement par une personne qui n’éprouve pas une attirance réciproque. C’est bien dommage, et ça fait mal. Cependant, on trouve très souvent des histoires de mecs qui se plaignent d’être trop gentils avec les filles, et qu’en retour ces SALOPES ne sortent pas avec eux mais avec des CONNARDS qui leur brisent le coeur. Pour la peine, le mec bien qui a été injustement friendzoné va devenir un connard, voilà !

Si vous pensez ça et que vous êtes ados, je vous pardonne, on vous a lavé le cerveau sur les relations hommes/femmes, ces êtres si différents, et vous n’avez pas encore pigé qu’il s’agit réellement de relations entre êtres humains (oui, je sais, ça paraît fou). Et je ne peux que vous conseiller de lire ce qui suit attentivement. Si vous n’êtes plus ados et que vous pensez ça, il est temps de remettre 2-3 trucs en questions sur votre conception des relations, et je ne peux que vous conseiller de lire ce qui suit attentivement.

Petite mise au point sur la Friendzone et les « mecs bien »

  1. S’autoproclamer “mec bien” ou “gentil” puis traiter les femmes de salopes parce qu’elles refusent de sortir/coucher avec vous, ce n’est ni être “gentil”, ni être “un mec bien”.
  2. Être gentil uniquement dans le but d’être récompensé, ce n’est pas de la vraie gentillesse. C’est une attitude intéressée. Par ailleurs, on n’est jamais “trop gentil”. La gentillesse, la compassion, l’empathie, sont des qualités très nobles, si vous voulez mon avis. Le problème n’est donc certainement pas que vous êtes “trop gentil” mais qu’il vous manque visiblement autre chose. D’où le point suivant :
  3. Les femmes ne basent pas leurs critères de sélection uniquement sur la gentillesse. Être gentil envers quelqu’un ne suffit pas à vous créer des atomes crochus, si la personne n’est pas intéressée, un bouquet de fleur ou un mot de sympathie ne va rien y changer. Vous n’êtes pas dans un jeu vidéo où en accumulant des bons points vous obtiendrez une récompense, et les femmes ne sont pas des trophées. Ce sont des êtres humains, qui, comme les hommes, sont complexes, ont une personnalité et des goûts ou préférences propres. (Ne tombez pas de votre chaise, voyons !)
  4. D’autre part, parlons de ces fameux “connards” avec qui les femmes sortiraient au lieu de “mecs biens” : Tout n’est pas tout blanc ou tout noir, il n’y a pas deux camps distincts, et il n’existe pas non plus de grille d’évalutation de la connardise qui permette de repérer et fuir automatiquement les indésirables. Et la solution à un soi-disant excès de gentillesse n’est certainement pas de “devenir un connard”, je doute vraiment que ça joue en votre faveur. Ces types-là avaient probablement quelque chose de plus que vous, et ce n’est certainement pas leur connardise.
  5. Dernière chose : l’amitié est une chose précieuse, en aucun cas une punition. C’est peut-être moins cool qu’une relation amoureuse ou sexuelle, mais c’est cool quand même.

Entrons dans le vif du sujet : Comment sortir de la Friendzone ?

Je pars du principe que vous n’êtes pas le type de personne mentionnée ci-dessus, ou que vous l’étiez mais vous êtes remis en question. Vous êtes simplement dans la situation banale : “Je suis amoureux-se de Bidule, mais il/elle semble me considérer comme un-e ami-e.” Le genre et l’orientation sexuelle des personnes impliquées n’a pas d’importance.

Tout d’abord, Bidule est-il/elle au courant ? Je suis désolée d’enfoncer des portes ouvertes, mais si vous ne communiquez pas vos sentiments, la personne en face ne peut pas les deviner. (Non, la télépathie et les “regards qui veulent tout dire” ne sont pas des modes de communication clairs et suffisants.) Je comprends parfaitement à quel point il est difficile de faire part de son attirance ou de ses sentiments à quelqu’un, moi aussi je me dis que je préfèrerais faire du saut à l’élastique au-dessus d’une rivière peuplée de crocodiles affamés. Mais soyons rationnels deux minutes : un râteau, ça fait mal, mais ce n’est pas non plus une humiliation qui vous marquera à vie. Si toutefois il est trop difficile pour vous de faire ce premier pas, vous ne pouvez pas en vouloir à l’élu-e de votre coeur de ne pas s’intéresser à vous. A vous de voir si le risque de se prendre un râteau en vaut le jeu !

Ensuite, admettons que vous trouviez le courage de franchir le pas. Vous exprimez votre intérêt à Bidule. Option 1 : Bidule vous avoue qu’en fait, ça fait longtemps qu’il/elle aimerait vous dire la même chose. Vous vous prenez la main et marchez ensemble vers le soleil couchant en vous regardant dans les yeux. Option 2 : Malheureusement, Bidule n’est pas intéressé-e et préfère que vous restiez ami-e-s. REVOILA LA FRIENDZONE. Que faire pour en sortir ? La solution miracle m’a été livrée par Batman en personne (histoire absolument véridique) : Rien. Passer à autre chose.

Encore une fois, permettez-moi d’enfoncer des portes ouvertes : Vous ne pouvez pas forcer quelqu’un à vous aimer ou être attiré-e sexuellement par vous. Il n’existe pas de moyen de “convaincre” l’objet de vos désirs de coucher ou sortir avec vous et si quelqu’un prétend le contraire, il y a de fortes chances que cette personne essaye de vous vendre des techniques qui relèvent du harcèlement et de la manipulation. Pas exactement ce que feraient les “gens biens”, vous voyez, et pas non plus le meilleur moyen d’entretenir des relations saines avec les gens.

Barney Stinson

Salut, j’ai l’intention de profiter de ta naïveté et de ton inexpérience pour te filer des conseils bidons qui feront de toi un vrai relou accompli.

J’en entends déjà me dire “Mais moi je souffre ! Je suis vraiment amoureux-se de Bidule et son rejet m’a fait beaucoup de mal !” Oui. Mais que voulez-vous y faire ? Si vous étiez dans la situation inverse (Truc vous déclare sa flamme mais vous n’êtes pas intéressé-e), vous ne vous forceriez pas non plus, et c’est bien normal. C’est la vie, on peut s’attacher à des individus qui ne ressentent pas les mêmes choses, ça fait mal mais c’est comme ça. Je ne peux que vous conseiller de respirer un grand coup et de relativiser. Vous finirez bien par rencontrer quelqu’un avec qui ça colle mieux. Et peut-être que votre amitié avec Bidule, si elle tient le coup, vaut la peine d’être entretenue et vous apportera de belles choses ! La situation n’est pas plaisante, mais le reproche de “friendzoner” n’a pas lieu d’être. Bidule ne cherche pas à vous punir avec son amitié, il/elle n’éprouve simplement pas d’intérêt réciproque. Peut-être qu’on pourrait laisser tomber ce terme dégradant pour une chose si précieuse qu’est l’amitié ?

no word for friendzone in dothraki

Autre possibilité : Bidule vous rejette avec violence, a des mots très durs ou cherche à vous humilier. Et bien, peut-être que Bidule est un connard/une connasse. Je vous renvoie au point 4. de l’introduction, ces choses-là ne sont pas forcément prévisibles ni évidentes au premier abord, et Bidule avait sûrement d’autres côtés qui vous attiraient, ce qui est très décevant. Là encore, la meilleure solution est de passer à autre chose, et probablement de couper les ponts avec Bidule qui ne vous respectait pas pour agir ainsi. Et j’espère que vous le ferez sans regrets. La vie est pleine de mauvaises mais aussi de merveilleuses rencontres, et en amour comme en amitié, ne gardez que le bon et n’hésitez pas à virer les personnes qui vous font du mal de votre vie. En revanche, gardez à l’esprit que ne pas partager vos sentiments ne signifie pas automatiquement vous faire du mal. C’est un des aléas de la vie et des rencontres, les gens ne sont pas des Pokémons, il ne suffit pas d’avoir une bonne technique pour les attraper contre leur gré.

source image 1 : http://hellogiggles.com/category/social-studies/page/9
source image 2 : http://tumblr.com, How I met your mother
source image 3 : http://9gag.com, Game of Thrones

5 réponses à Comment sortir de la Friendzone

  • Si je ne conteste en rien le fond (« la friendzone n’existe pas »), la forme indique clairement que l’auteur ne sait pas vraiment de quoi elle parle (c’est à dire : ce que ressent vraiment la personne rejetée)

    Le problème n’est pas tant le rejet lui même que la contradiction flagrante entre les codes de la séduction théorique (je me place dans le contexte de l’adolescence en particulier) impliquant galanterie, gentillesse, etc… bref le prince charmant. Et la réalité où ces critères peuvent être, souvent, totalement autres.

    C’est ce double discours « sois adorable pour me plaire »/ »en fait je choisis sur d’autres critères » qui est à l’origine de cette légende de friendzone. Lorsque le discours est honnête DES 2 COTES alors il n’y a évidemment aucun ressentiment durable.

    • L’auteure sait de quoi elle parle. ;)
      Il n’existe pas de double discours, la personne qui « friendzone » ne demande pas à l’autre de le/la séduire (WTF ?). Les potentielles difficultés de communications tiennent des mythes qu’on entretient sur les relations hommes/femmes et parfois des films que se fait la personne « friendzonée ». On peut aussi se débarrasser de ces conneries de galanterie et de prince charmant et avoir, effectivement, des relations honnêtes entre être humains libres et égaux.

      • Alors l’auteure doit vivre dans une bulle car bien sûr que si le double discours est extrêmement fréquent (à l’adolescence j’entends). Les filles, reproduisant le conditionnement social homme/femme, vont envoyer tous les indices de « pour me séduire sois le prince charmant ». Et les garçons vont suivre ces signaux et échouer (puisque les vrais critères sont ailleurs) et ils vont logiquement en éprouver du ressentiment et de l’injustice. (Créant de là le mythe de la friendzone)

        Bref tous responsables et tous coupables. Contrairement à la vision un peu trop unilatérale décrite dans ce texte.

        (Même si, encore une fois, je partage pleinement la constatation et la méthode pour « s’en sortir »)

  • Je pense que c’est une fausse idée de croire que les filles (à l’adolescence ou peu importe) « envoient des signaux », des « indices » ou je ne sais quoi qui voudraient dire qu’elles cherchent le prince charmant.
    Toutes les petites filles en rêvent mais se rendent compte très très tôt que c’est impossible.
    Et le concept de « prince charmant » (admettons qu’elles y tiennent) n’est pas quelque chose qui se limite à de la séduction, galanterie ou autre. Comme TOUTES les relations humaines qu’il soit, il s’agit avant tout d’une attirance de base, d’un «  » »magnétisme » » » (guillemets gigantesques), d’un feeling, en somme. Surtout à l’âge de l’adolescence, les filles (comme les garçons je suppose) ont les hormones en pleine ébullition et c’est bien souvent la « loi du coup de foudre » qui opère. En aucun cas, un coup de foudre ne peut se produire avec un mec lambda qui te tient la porte à l’entrée du collège pour faire preuve de galanterie. Un coup de foudre est par essence irrationnel.

    Je suis d’accord avec ton article, Lady Stoneheart. À un moment donné, la personne « aimée à sens unique » ne peut pas prendre la responsabilité de la personne qui l’aime (à moins d’une véritable situation de double discours, si la personne B fait marcher la personne A parce qu’elle sait que cette dernière a des sentiments à son égard, mais là la personne B est un-e connard/asse et là, mieux vaut l’oublier au plus vite !). C’est toujours et encore et malheureusement injuste mais c’est comme ça, à la personne qui a ces sentiments à sens unique de les gérer et de faire aux mieux pour que ces derniers lui gâchent l’existence le moins possible et finissent par s’estomper pour n’être qu’un vague souvenir d’une époque révolue !
    (Croyez-moi, votre serviteur s’y connaît pas mal du tout niveau «  » »Friendzoning » » » :wink: )

  • Totalement d’accord avec Khaos qui précise qu’il parle de l’adolescence, entre adulte c’est beaucoup moins vrai.
    Mais c’est vrai que ado, les fille ont tendance a te parler du mec parfait, super sympa etc et au final sorte avec  » un connard  » qui n’en est pas un bien sur tout le monde a des qualités, mais le genre de mec ou tu sais que ca va pas durer longtemps et que tu pensais pas que la nana sortirait avec un mec comme ça.

    Apres du point de vue de la nana ça donne en gros, la nana super intéressante, intelligente, super pote avec le mec, qui le kiffe a mort, et le mec sort avec la bombasse ininteressante, se plaint qu’elle le fait chier mais sort avec parce qu’elle est trop belle. Franchement en gros c’est ca la friendzone bien relou a l’adolescence ^^

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