L’obsession de la performance chez les hommes remonte à bien longtemps. Depuis des siècles, on fait peser sur les couples hétérosexuels l’obligation de la conception, et donc l’obligation pour l’homme d’être “performant” (même si au final, la faute de la potentielle stérilité du couple était rejetée sur la femme). Aux XVIème et XVIIème siècles, il était possible pour une femme de demander le divorce si son mari était jugé impuissant. Lors du“procès”, le mari devait faire l’amour à sa femme devant témoins afin de prouver qu’il était capable d’avoir une érection et un rapport sexuel “complet”. Je vous laisse imaginer à quel point il est difficile de prouver sa “virilité” devant témoins,et l’humiliation engendrée. Et aujourd’hui encore, même si on peut concevoir le sexe plus facilement sans la reproduction, on considère souvent que le sexe hétéro se réduit à la pénétration.
Quant aux homosexuels, on les a longtemps appelés (quand on ne les appelle pas encore) “sodomites”, comme si la sodomie était indispensable à la sexualité entre hommes.
Dans tous les cas, on considère la pénétration comme le seul vrai acte sexuel. C’est non seulement se restreindre face à toutes les possibilités de pratiques sexuelles et créer des mythes sur ce que serait la sexualité normale, mais également mettre la pression à ceux qui possèdent un pénis.

Le porno et les médias en général véhiculent des normes inatteignables sur ce qu’est un rapport satisfaisant. Avoir une bite de 20 cm de long et bander pendant des heures sans éjaculer,seraient les conditions nécessaires pour être un “bon coup”. Dans la pratique,je vous rassure, c’est loin d’être nécessaire.

D’après une rapide recherche Google, la plupart des rapports par pénétration dureraient entre 3 et 13 minutes. Je trouve ce chiffre tout à fait satisfaisant pour ma part, selon la durée de ce qu’on appelle à tort les “préliminaires”, qui constituent également une partie de l’acte sexuel, très plaisante, si ce n’est plus, que la pénétration en elle-même. Pourtant mes partenaires semblaient souvent croire que ma préférence se situait bien au-delà de cette durée… Mais non. Vraiment pas. Situation typique : “Dis-donc,tu en mets du temps à venir… [rire nerveux de la meuf qui commence à en avoir assez]  -Je ne veux pas venir tout de suite, j’essaie de faire durer le plaisir !  -… Non mais ça fait un moment que je sens plus rien, en fait.” Message à tous mes partenaires passés et futurs : Si vous voulez “durer longtemps”, 10 minutes sont laaaaaaargement suffisantes, au-delà de 20, c’est juste chiant, voire douloureux. J’insiste. Vous aurez beau me retourner dans tous les sens, je vais finir par m’ennuyer, si ce n’est avoir mal. Que ceux et celles qui se sont fait culbuter pendant des heures par un partenaire qui croyait bien faire lèvent la main !
On parle aussi “d’éjaculation précoce”. Précoce par rapport à quoi ? D’après les résultats de mon ami Google, il y a de fortes chances que “précoce” signifie en fait “dans la moyenne”, si ce n’est un peu en-dessous. Je pose sincèrement la question : où est le problème ? Si vous avez peur de ne pas “durer assez longtemps”, rien n’empêche de faire autre chose avant ou après la pénétration, demandez simplement à votre partenaire ce qu’il/elle préfère. La pénétration n’est pas la seule et unique façon de baiser.

Il faut savoir prendre les choses avec le sourire !

Abordons aussi le sujet de “l’impuissance”. Parfois d’origine physique (durable ou passager, ça arrive à tout le monde de ne pas être en forme : fatigue et alcool n’aident pas, en général), le plus souvent due à une pression psychologique. Je ne vous fait pas un dessin, la pénétration n’est pas possible avec un zizi mou. Et alors ? Pour la énième fois, un rapport ne se limite pas à la pénétration ! Se focaliser uniquement sur l’obligation de la pénétration puis de l’éjaculation comme but ultime à atteindre,ce n’est pas une façon de résoudre le “problème” (je vous renvoie aux procès faits aux maris “impuissants” il y a quelques siècles…). Et c’est d’ailleurs, à mon humble avis, un faux problème, puisqu’il existe moult pratiques sexuelles qui n’incluent pas la pénétration et qui permettent de prendre son pied. Je vous avoue que je préfère la pénétration, mais quand ce n’est pas possible, heureusement qu’il y a de nombreuses alternatives ! Ça me rappelle ces gens chiants au restaurant qui râlent parce que leur plat préféré n’est pas disponible, au lieu de choisir autre chose dans le menu. Soyez un minimum ouverts et regardez le reste du menu ! Profitez-en, découvrez toutes ces alternatives avec votre partenaire, et peut-être que la pression psychologique finira par partir d’elle-même.
Quand au mythe de la grosse bite qui ferait automatiquement de son possesseur un bon coup, permettez-moi de vous rappeler que la profondeur d’un vagin est en moyenne de 10 à 12 cm. Si la vue d’un pénis de 20 cm peut être très excitante (pour ceux et celles que ça n’effraie pas), il n’est pas indispensable pour atteindre les différents points sensibles à l’intérieur d’un vagin. Chez les femmes, le fameux point G se situe à quelques centimètres de l’entrée du vagin, chez les hommes, la prostate se situe à quelques centimètres de l’anus. Et en parlant de points sensibles, la stimulation avec les doigts est également plus facile car plus ciblée, voire plus intéressante grâce à tous les mouvements cools qu’il n’est pas possible de faire avec un pénis !

Enfin, être un “bon coup” ne repose pas sur une recette unique qui marcherait à tous les coups. C’est avant tout une question d’écoute et de compatibilité sexuelle. Explorer ses envies et celles de son/sa partenaire, savoir faire remarquer avec tact à son/sa partenaire qu’il/elle devrait faire autrement et accepter ces remarques sans se vexer est encore la meilleure solution pour être “performant”.

Source gif : tumblr, image tirée du film « Le Bon, la Brute et le Truand »

2 réponses à L’obsession de la performance chez les hommes

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